Ainsi va le monde n° 400 - Résilience

D'une chanson de l'américain Teddy Martin et ses Las Vegas Twisters, traduite en français et interprétée au printemps 1962 par nombre de chanteurs comme Richard Anthony, Danny Boy, Eddy Mitchell, Johnny Halliday, je reprends le premier couplet et remplace « twist » par « résilience ». Une paraphrase en quelque sorte :

« - Un air nouveau qui nous fait du dégât - Et comme moi il vous prendra - C'est un mot au son merveilleux – A utiliser seul à quatre ou bien à deux - Pas besoin de doux regards dans les yeux – Avec une formation vous serez bien mieux. » Puis vient le refrain : « Ré-si-lience, Vous y viendrez, Ré-si-lience, Et vous verrez, Le monde entier se ré-si-lier ».

Au point de départ de la réflexion, un agacement devant ces mots qu'en reprend à l'envie à propos de tout et n'importe quoi. En effet,  « de tout côté on entend plus que ça », en économie, écologie, psychologie, physique et même en art. Voilà un mot joker qui permet de tout expliquer. Rebondir après un traumatisme : résilience ; la nature se répare après un séisme : résilience ; les villes font face à des catastrophes, résilience ; et la capacité d'une œuvre d'art, je cite, « à conserver à travers l'esthétique sa particularité malgré la subjectivation croissante », c'est encore de la résilience. C'est « un air nouveau qui nous vient de là-bas », des Etats-Unis mais pas si nouveau car il a été inventé au début des années 1960. Il a été plus récemment importé par Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre, psychologue et gourou en la matière.

C'est un mot qui n'a peut-être pas un « son merveilleux » mais qui sonne bien. Facile à prononcer et surtout, il a des allures scientifiques. Une bonne sonorité et des airs scientifiques sont les conditions à réunir pour introduire une notion nouvelle d'autant plus facilement si elle traite de psychologie. La résilience, selon l'encyclopédie en ligne wikipédia, « est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus, ou ne pas, avoir à vivre dans la dépression et se reconstruire ». Pour le commun des mortels – et nous le sommes tous – on dit « rebondir » mais dans un salon, « être résilient » à plus d'effet !

Le traumatisme ne disparaît pas mais il faut en prendre acte et vivre avec. Petit-à-petit, on l'apprivoise, on s'y habitue. Finis la dépression, le ressentiment, la colère, la haine que peut entraîner un traumatisme. A Saint Barthélémy et à Saint Martin, après les dégâts provoqués par l'ouragan IRMA, les habitants reconstruisent. Ils sont résilients, plus de colère, de protestation, ils acceptent... encore que. A vouloir réclamer la reconnaissance de leur génocide, les Arméniens ne sont pas résilients et vivent toujours dans la dépression. Ils pourraient tout de même s'habituer au traumatisme provoqué par les massacres atroces commis par les Turcs de plus d'un millions de leurs congénères, hommes, femmes, enfants et bébés !

La résilience c'est une sorte d'acceptation de ce qui est. T'es pauvre alors au lieu de râler sois résilient ; t'es victime d'une injustice, sois donc résilient. C'est un joker pour bon nombre de situations mal vécues. Sauf pour la vieillesse. Si la résilience désigne la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération, alors elle ne s'applique pas au vieillissement . Ainsi va le monde !

Didier Martz, 7 février 2017

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