399 - Pour la liberté d'importuner

Savoir saisir les bonnes importunités

Le petit monde médiatico-politique, surtout parisien, fut bien ému et agité ces derniers temps par les débats ouverts par la vague BalanceTonPorc. Courant de tribune en tribune, de déclaration en déclaration, commentant les commentaires, cette engeance finit par occuper toutes les consciences. Du moins le crût-elle. Loin s'en faut.

En effet, selon le baromètre annuel "La confiance des Français dans les médias" publié par le quotidien La Croix, le taux d'intérêt porté à l'actualité a atteint en 2018 son plus bas niveau depuis 1987. 38% des sondés affirment n'avoir qu'un intérêt assez faible pour les actualités et beaucoup ignore ce qu'il en est du monde comme il va. Ils sont sensiblement éloignés de ce qu'on appelle « actualités » ou bien en retiennent peu de choses. Entendez par « actualités » ce que les médias veulent rendre actuel et qui n'est pas nécessairement digne d'intérêt.

Ainsi du sujet « la liberté d'importuner » encore appelé droit d'importuner. L'expression nous vient de quelques égéries médiatiques qui se sont élevées contre le sort qui était fait aux hommes en général et aux femmes en général par la campagne « Balance ton porc » et ses effets collatéraux notamment celui d'empêcher toute relation normale entre les hommes en général et les femmes en général."Nous défendons, disent-elles, une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle".

Un rappel étymologique s'impose. Opportun vient du latin opportunus, une épithète appliquée au vent «qui pousse vers le port», un vent opportun d'où «convenable, commode, utile et avantageux». A l'inverse, importun signifiera « qu'on ne peut aborder, impraticable », lui aussi dérivé de portus « port, asile ou refuge. Si on quitte la marine, l'importun devient celui qui ennuie ou fatigue par une présence intempestive ou un comportement non consenti.

Dans ce cas on voit mal comment on pourrait accorder une liberté et plus encore un droit à celui qui incommode par des comportements, des propos et des gestes déplacés. Qu'il le fasse certes mais qu'il s'attende alors à être rabroué voire accusé. Il ferait beau voir qu'un individu puisse se réclamer d'une liberté ou d'un droit et se croire « tout permis ».

Par contre, je plaiderai pour une certaine liberté d'importuner. Celle qui consiste, par exemple, à écrire une lettre bien fâcheuse et encombrante comme celle que Yann Moix, écrivain et chroniqueur, vient d'adresser au président de la République concernant la situation des exilés. Elle commence ainsi : « Monsieur le président de la République, chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris. »

Toute proportion gardée Emile Zola, au cœur de l'affaire Dreyfus, titre son son article « J'accuse » et qui commence ainsi : Monsieur le Président, me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ? On voit, comme on le dit de certaines opportunités ou occasions, il y a de véritables « importunités » à saisir. Ainsi va le monde !

Didier Martz, philosophe 24 janvier 2018

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