Ainsi va le monde n° 317 - Intelligence artificielle

Les recherches n'arrivent pas à pénétrer le cerveau d'un automobiliste moyen

Les robots sont aujourd'hui nos machines, seront-ils un jour nos maîtres ? Les machines ont été produites pour servir l'homme et elles sont en passe de l'asservir. Année 2039, flash-d'information : des robots-tueurs programmés pour réduire un groupe de terroristes se rallient à leur cause et se retournent contre leurs maîtres. Ils sont devenus intelligents. L'intelligence artificielle, fabriquée de toutes pièces par l'imitation de l'intelligence humaine peut maintenant se substituer à elle.

L'intelligence se définit de trois manières. En un, elle concerne des facultés spécifiques mentales et cognitives comme savoir calculer, parler, voir, etc. En deux, elle se définit plus généralement comme capacité à orchestrer ces différentes facultés pour résoudre des problèmes. Et en trois, comme capacité à établir des liens entre des éléments qui apparemment n'en ont pas comme voir des liens entre le système solaire et la structure atomique. Sur ce point, on est assez proche de l'étymologie latine, inter-legerer, qui signifie discerner. Le latin « lego » dont l'infinitif est « legerer » signifie « recueillir », « ramasser » voire « recueillir par les oreilles » ou « par les yeux ».

Par mimétisme, on a imaginé des machines qui pourraient rassembler ces capacités en les confrontant à une intelligence humaine. Ce fut la célèbre partie d'échecs de Mai 1997 entre Gasparov et l'ordinateur Deep Blue. Beaucoup de confrontations de ce type ont suivi et leur analyse a montré une difficulté pour l'intelligence artificielle. Si elle est capable d'épuiser par le calcul toutes les possibilités du jeu, il lui manque cette faculté proprement humaine : l'intuition. Si l'homme explore très peu de possibilités, il s'appuie par contre sur des stratégies intuitives.

Le jeu comporte aussi une dimension projective, celle qui consiste à « faire comme si », à sortir de l'ici/maintenant, capacité qui reste fondamentalement humaine. Il est encore compliqué à mettre en machine les effets psychologiques et à intégrer l'esprit de finesse. Surtout, pour une machine à être capable de se représenter ce que vous pensez et inférer des états mentaux. Ce qui renvoie à la question de la conscience.

En effet, qu'est-ce que la conscience ? Pour nous, depuis Descartes, elle est celle d'un sujet éveillé qui perçoit, qui voit mais qui, en plus, a conscience qu'il voit. Ce qu'on appelle la conscience réflexive, celle d'un sujet capable de dire JE. Or, jusqu'à présent nous n'avons produit que des robots-compagnons sur lesquels nous projetons une conscience existentielle qui donne l'impression qu'il est animé mais il est loin de ressentir des émotions et loin encore d'être capable de se représenter lui-même entrain d'agir et de s'améliorer.

Certes, nous sommes impressionnés par la voiture sans conducteur de Google dit Google Car qui se présente comme un dispositif autonome fondé sur le comportement de conducteurs « normaux ». On dit qu'elle a des réactions surprenantes voire déroutantes. C'est que, pour entrer dans les arcanes du cerveau d'un automobiliste, il y a encore du chemin à faire. Nous pouvons donc être rassurés quant à la possibilité d'être un jour dominé par les machines !!! Il nous restera au moins un espace de liberté : la voiture ! Ainsi va le monde... le mercredi 10 février de l'an 16.

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