Ainsi va le monde n° 315 - Entropie

L'entropie caractérise un système qui progressivement perd son énergie pour tendre vers zéro et disparaître. C'est ce qui arrivera au système solaire d'ici quelques millions d'années. Tous les systèmes sont dits entropiques qu'il s'agisse du système solaire, de la planète Terre ou de notre paire de chaussures...

L'homme sait entraver cette évolution en créant, en produisant d'autres systèmes, qui pour un temps ralentissent la course mais n'en viennent pas à bout. Contre le froid, nous avons inventé le feu, la cuisinière à charbon et le radiateur électrique, mais ces instruments sont eux aussi voués à disparaître. Pour nos chaussures nous avons inventé le cordonnier qui laisse espérer encore aux pieds et aux chaussures de longues journées à passer ensemble. Alors, nous les remplaçons ou recyclons mais en vain. Il faudra nous faire une raison et comme Sisyphe sans cesse remonter le rocher en haut de la montagne. Ce que Sisyphe ne savait pas, c'est que la montagne est elle aussi un système entropique et qu'elle tend à s'aplanir pour devenir un jour complètement plate ! Sisyphe aurait eu alors des raisons d'espérer s'il avait eu connaissance de cette loi physique.

Pour éclairer par un exemple simple le mécanisme entropique, prenons une plage de sable fin. Mer et vent conjuguent leurs efforts pour faire en sorte qu'elle demeure toujours plane afin d'accueillir les estivants qui ont une forte propension à s'allonger. IL arrive que certains se lèvent et marchent en laissant la trace de leurs pas ; ou bien encore arrivent les enfants avec moult pelles et pioches pour creuser, trouer la plage. Dans les deux cas nous diront que l'homme ou les enfants informent, in-forment en deux mots, c'est-à-dire qu'ils donnent de la forme au monde sablonneux qui les entoure. En ce sens, ils entravent le processus entropique. Mais pour quelques temps seulement car dès qu'ils auront le dos tourné et les pieds en éventail, mer et vent reviendront à la charge pour remettre de l'ordre dans le désordre crée par l'homme, la femme et les enfants.

Pendant longtemps l'homme a cru pouvoir contrer le phénomène entropique en se rendant, disait René Descartes, comme « maître et possesseur de la nature ». Il a baptisé cette croyance « croissance » et il s'est illusionné en pensant qu'il progressait. Nenni ! Non seulement son action s'inscrit sur un fond entropique c'est-à-dire décroissant mais en plus il accélère le mouvement par des productions anarchiques et délétères. Son in-formation devient une dé-formation, voire une destruction. Les traces de notre âge urbain, consumériste, chimique et nucléaire resteront des milliers voire des millions d'années dans les archives géologiques de la planète et soumettront les sociétés humaines à des difficultés considérables. Aussi l'homme a-t-il beau crier Croissance ! Croissance ! Et la promettre pour demain, mais, pas plus que la pluie sollicitée par les danses, elle ne reviendra.

Ainsi, nous sommes entrés dans une ère de décroissance : le pétrole viendra à manquer, le nombre des emplois va considérablement diminué, les ressources se tariront... Sauf que ce mouvement n'a pas été réfléchi et nous regardons passer le train des catastrophes. S'il y a une urgence c'est celle qui conduit à un état de décroissance anticipée et raisonnée Ainsi pourrait aller le monde ! Le 28 Janvier 2016.

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