Ainsi va le monde n° 313 - Déploration

« La France déplore l'exécution en Arabie Saoudite, le samedi 2 janvier, de 47 personnes dont un chef religieux chiite. Elle rappelle son opposition constante à la peine de mort en tout lieu et en toute circonstance. Elle appelle aussi à tout mettre en oeuvre pour éviter l'exacerbation des tensions entre les communautés religieuses ». C'est le communiqué produit par la diplomatie française à la suite des exécutions par décapitation au sabre pratiquées par l'Arabie Saoudite. Il s'agit des premières exécutions de l'année 2016 dans ce royaume ultra-conservateur qui avait mis à mort 153 personnes l'année dernière.

On soulignera ici la fermeté du propos : « La France déplore l'exécution... ». La France – enfin ceux qui la gouverne - ne dénonce pas fermement, ni ne condamne vivement. Elle aurait pu, peut-être, désapprouver, reprocher, stigmatiser, fustiger, réprouver... que sais-je encore ? la langue française ne manque pas de mots pour qualifier des actes odieux. Non, la France – ceux qui la représentent - déplore.

Pour faire montre de son courroux diplomatique on pourrait convoquer l'ambassadeur ou le chargé d'affaires saoudien pour lui dire qu'on n'approuve pas – ce qu'a fait la Suisse - ; on pourrait aussi renoncer à un voyage prometteur de bons contrats dans le pays incriminé, ce qu'a fait David Cameron en Angleterre. Il y a quelques temps, le chef de la diplomatie suédoise était même allé jusqu'à caractériser les méthodes judiciaires et les peines de flagellations en Arabie Saoudite de pratiques médiévales. Propos qui déplurent au Roi et conduisirent à la rupture de contrats d'armement importants. Le Ministre Suédois aurait du se contenter de ...déplorer.

Au nom d'un prétendu réalisme, la France ne peut aller au-delà de la déploration. C'est qu'elle a trouvé dans l'Arabie saoudite un partenaire de choix. Ce sera d'ailleurs l'un des marqueurs diplomatiques de la présidence Hollande. Sarkozy avait eu son Quatar, Hollande aura eu son Arabie Saoudite avec à la clef de très juteux dividendes. 10 milliards de contrats avec la Monarchie : la gestion du réseau d'eau de Ryad, le métro de la capitale saoudienne, la distribution d'énergie à Jeddah et, bien évidemment, l'armement. Sans compter les investissements saoudiens en France. Une véritable manne dont on ne se dispensera pas même pour cause de droits de l'homme bafoués.

Les droits de l'homme, natifs de France et criés sur tous les toits du monde, passent, au nom du réalisme, par pertes et profits. Une fois encore la parole de la France est discréditée. On ne peut à la fois se faire le chantre de valeurs et de principes dits universels et rester muet dès lors qu'ils sont rudoyés et ridiculisés. A ce train, on aurait presqu'envie d'être déchu d'une nationalité dont la substance s'est perdue !

Déplorer vient de plorer, pleurer sur, répandre des larmes... parfois celles du crocodile. Ainsi va le monde ! Le 13 janvier 2016.

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