François Berthelot, vous êtes archéologue à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Champagne Ardenne, en charge de l’archéologie urbaine à Reims et de l’archéologie rurale dans les communes du district urbain, quelles sont les particularités des fouilles archéologiques de la médiathèque ?

Ce chantier a présenté la particularité de receler des couches archéologiques sur une épaisseur d’environ cinq mètres dans un secteur clé qui a toujours été au centre de la ville depuis son origine. C’est la première fois, à Reims, que la possibilité s’est présentée d’analyser une succession d’occupations humaines de la fin de la période gauloise (vers 80 avant J-C) jusqu'à l’époque actuelle (ex-commissariat !). Se sont succédés à cet endroit : des vestiges d’habitat de l’époque gauloise, une aire de battage du début de l’époque gallo-romaine, un quartier urbain antique du Haut Empire ensuite bouleversé par la construction du rempart du Bas-Empire au IVème siècle de notre ère, des habitats mérovingiens, une fortification carolingienne, des substitutions de maisons du Moyen Age etc.

Rappelez-moi, s’il vous plait, les objectifs de l’archéologie, de l’archéologie contemporaine ?

« L’archéologie s’attache à reconstituer l’histoire de l’humanité, des origines à nos jours, à partir des vestiges matériels qui en ont subsisté. Elle est fondée sur l’étude des objets et des traces laissées dans le sol par les différentes occupations humaines, pour lesquelles les sources écrites sont absentes, muettes ou complémentaires Aujourd’hui il ne s’agit plus seulement de décrire et de dater des monuments ou des objets, mais bien de tenter de restituer tous les objets, tous les aspects de la vie de l’homme à un moment donné de son histoire ». (1)

Quels sont les enjeux justement de ces fouilles par rapport à la notion de mémoire ?

Les enjeux de l’archéologie qui reste une discipline de l’histoire sont d’enregistrer, de gérer, et d’étudier ce que l’on peut appeler « les archives du sous-sol » par comparaison avec les archives écrites. Il s’agit donc, soit de protéger les sites, soit de procéder à des fouilles préliminaires à toute opération d’aménagement qui pourrait porter atteinte à la conservation des archives du sous-sol.

L’étude et l’interprétation des données de fouilles permettent ainsi de restituer à la fois l’organisation d’un site et l’activité qui a pu s’y dérouler à un temps T (c’est la dimension horizontale) et l’évolution du site pendant plusieurs périodes (c’est la dimension verticale). Elle permet également de mesurer l’évolution du savoir à travers l’évolution des techniques. Il peut s’agir de l’évolution des méthodes de construction, à travers l’étude des bâtiments, ou d’une meilleure maîtrise des techniques artisanales qui est perceptible à travers les objets quotidiens qui sont recueillis.

Pouvez-vous me citer un exemple ?

Celui de la céramique : la maîtrise par les potiers des températures de cuisson dans les fours et une meilleure composition des pâtes que l’on constate dans les deux premiers siècles de la période gallo-romaine, sont autant d’indices d’une amélioration technique progressive et de transmission du savoir.

Seule l’étude des évènements contenus dans le sous-sol peut restituer une partie de cette mémoire oubliée, car pour les époques les plus anciennes (l’antiquité par exemple), nous ne disposons que de peu de textes et ils ne traitent que très rarement des aspects de la vie quotidienne, du contexte social, économique et culturel.

C’est donc en restituant petit à petit des portions d’histoire que l’archéologie contribue à enrichir et à sauvegarder la mémoire de l’humanité. Il faut savoir que l’archéologie ne se veut pas une science exacte même si elle fait appel à de nombreuses disciplines complémentaires (physique, géologie, botanique etc.). L’archéologue amasse des données à partir de traces matérielles laissées par l’homme et tente de s’en faire l’interprète à travers des méthodes qui, si elles sont rigoureuses, n’apportent que des réponses partielles mais qui, une fois corrélées, commencent à donner des images nouvelles et inattendues sur les civilisations anciennes à partir de la répétition des faits.

Propos recueillis par Thierry Gibilaro le 1er mars 2001

(1) Extrait d’une brochure « l’archéologie en questions » éditée par le Ministère de la Culture.