Bienvenue à toutes et à tous.

En écoutant les informations sur l'équipe de France de Football, je me suis demandé ce que pouvait bien vouloir dire « montrer l'exemple ». On peut dire tout ce qu'on veut, tenir des propos grandioses sur la morale, la politesse et sur le respect des valeurs ; tenir de grands discours, aux enfants, aux collègues, aux amis, force est de constater que dans la réalité, ils ne sont pas toujours très convaincants. Alors qu'est-ce qui peut leur donner de la validité ? Une conduite exemplaire. C'est la seule chance pour les grands principes d'être validés. Ainsi, pour avérer la notion de courage, on rappellera la conduite de Achille lors du siège de Troyes, pour avérer celle de bonté nous sommes enclins à penser à Soeur Emmanuelle; pour celle de dévouement on pensera à l'Abbé Pierre ; et c'est Martin Luther King qui symbolisera l'engagement. Et si ces personnages exemplaires sont trop éloignés de nos références, on ira chercher parmi nos proches des conduites qui pourront servir d'exemple. Aux enfants, on parlera de l'oncle Machin qui a fait la résistance ou de la tante Machine qui est partie de rien pour arriver à ce qu'elle est aujourd'hui. Ces exemples enseignent non pas par des discours mais par inspiration de sorte que nous n'avons pas besoin d'argumenter. Il suffit de pouvoir s'identifier à quelqu'un d'autre. Ces personnages devenus exemplaires valent bien et sont plus efficaces qu'un livre de morale ou de philosophie. Enfant, je pouvais facilement m'identifier à Zorro ou à Robin des Bois. J'avais ainsi, sans vraiment le savoir, la sensation d'incarner la justice. Mais n'est pas exemplaire qui veut. Le personnage ne doit pas être trop proche de nous, trop « comme nous », sinon il ne peut pas être représentatif d'une valeur qui nous dépasse. A l'inverse, il ne doit pas être non plus trop éloigné s'il veut nous parler, nous inspirer quelque chose. Dans tous les cas, il doit pouvoir symboliser quelque chose qui nous concerne tous. Ainsi le joueur de football en bleu, blanc et rouge représente la France et le Président représente la République : ils accèdent ainsi à la grandeur. C'est vrai aussi du professeur ou du parent. Être dans ce rôle c'est nécessairement représenter pour les enfants quelque chose d'autre, allez osons le mot, une transcendance. Le prix à payer c'est qu'il leur faut sacrifier leurs intérêts particuliers et immédiats, abandonner des conduites ou des propos qui seraient « comme tout le monde ». Autant pour un individu lambda prendre la parole n'a d'incidence que pour le cercle des proches, ce qui n'est quand même pas rien, autant une personnalité ne peut pas dire n'importe quoi car c'est un peu de nous qui s'exprime à travers elle. Mais « Nous » lorsque nous avons le sentiment de participer à quelque chose de grand à travers les mots et les attitudes de l'un et de l'autre. Aussi tout ce qui chez ces personnes peut ramener au particulier, à l'ordinaire, au commun fait perdre de leur légitimité, de leur aura : Ils deviennent « comme tout le monde ». Entre le « Casse-toi pauvre con » du Président de la République, le coup de tête de Zidane, les insultes d'Anenka, le processus de dé-valorisation est le même. A vouloir être comme tout le monde on finit par être « en dessous de tout » au lieu d'être au-dessus. Le problème avec l'exemplarité, c'est qu'elle peut fonctionner à l'envers. De surcroît, et c'est essentiel, la beauté des gestes en prend un sérieux coup. Ainsi va le monde. Didier Martz, Philosophe 24 et 25 juin 2010