Bienvenue à toutes et à tous La nappe de pétrole échappé de la plate-forme qui a sombré le 22 avril dans le golfe du Mexique fait parler d'elle. A juste titre d'ailleurs. Je note au passage que l'appellation des plates formes pétrolières est toujours empreinte d'une grande poésie. Celle-ci s'appelle Deepwater Horizon. L'horizon des eaux profondes ! A propos de profondeur, la nappe a atteint maintenant les 1000 m. Avec les 75 km de surface ou 320 km si on prend en compte les nappes dispersées, on peut dire en effet que l' horizon comme perspective est largement ouvert. C'est, rapporte-t-on la pire catastrophe écologique qu'ont connu les Etats-Unis et si vous voulez avoir une idée de l'étendue de la nappe, imaginez qu'elle coifferait en surface Caen, Reims, Mons et Orléans en même temps. Alors les oiseaux, les côtes de sable blanc, la flore et la faune, on sait ce qu'il en est nous en France. En matière de pollution pétrolière on a déjà largement donné sur les côtes bretonnes. La catastrophe du Golfe du Mexique serait encore plus grave que celle provoquée par le naufrage de l'Exxon Valdez, il y a 21 ans en Alaska. C'est pour cela qu'on est tenu informé d'heure en heure des évolutions de la situation. Les enjeux sont importants. Et pendant ce temps et depuis 50 ans, et dans le plus grand silence, le pétrole brut se déverse en flots continus et pollue le delta du Niger. Selon les reporters de Courrier International lorsqu'on s'approche du village d'Otuegwe après avoir marché dans les champs de manioc, on sent le pétrole bien avant de le voir. Une odeur infecte de garage et de végétation en décomposition imprègne l’air. Et plus on avance, plus la puanteur devient insoutenable. Un peu plus loin, on nage dans des flaques de pétrole brut nigérian. Parmi les centaines d’oléoducs vieux de quarante ans et rongés par la rouille qui ont envahi le delta du Niger, il y en a un qui a déversé du brut pendant des mois. Forêts et terres agricoles ont alors été recouvertes d’une couche brillante de liquide huileux. Les puits d’eau potable ont été pollués. “Nous avons tout perdu : filets, cabanes, casiers de pêche…“C’est ici que nous pêchions et travaillions la terre. Nous avons perdu notre forêt. » raconte le chef du village qui répond au merveilleux nom de Promise. Sauf que là, la Terre ne l'est plus ! De fait, la quantité de pétrole qui s’échappe chaque année des terminaux, des oléoducs, des stations de pompage et des plates-formes pétrolières dépasse de loin tout ce qui est en train de se déverser dans le golfe du Mexique. Si l’on en croit deux grandes enquêtes indépendantes réalisées ces quatre dernières années, il s’en déverse par an autant dans le delta du Niger : Dans la mer, dans les marais et sur terre. Selon un rapport publié en 2006 par des organismes sérieux, jusqu’à 1,5 million de tonnes de brut se sont déversées dans le delta durant le demi-siècle écoulé. C'est cinquante fois la marée noire provoquée par le pétrolier Exxon Valdez en Alaska. Les dégâts sont considérables. Ils sont écologiques mais aussi humains. L’espérance de vie dans les communautés rurales, dont la moitié n’a pas accès à l’eau potable, est tombée à 40 ans à peine depuis deux générations. La progression de la nappe du Golfe du Mexique est abondamment couverte par les médias du monde entier. Par contre, celle du delta du Niger continue à s'étendre dans un silence complet. Ainsi va le monde !

Didier Martz, philosophe et musicien 17 et 18 juin 2010