LE MONDE COMME IL VA N° 71 LA VIOLENCE A L'ECOLE
Par Admin, dimanche 11 avril 2010 à 19:05 - General - #270 - rss
où il est question du respect
La chronique de Didier M. sur RCF Reims Ardennes les jeudi et vendredi
Bienvenue à toutes et à tous.
Les états généraux de la sécurité (et non plus de la violence) à l'école se sont ouverts hier mercredi. "Comprendre, prévenir, agir" : le programme est ambitieux et aborde des thèmes comme la mesure de la violence, la formation à la prévention de la violence, l'établissement face à la violence, les conditions de la mobilisation, etc. À l'issue de ces deux jours, le ministre Luc Chatel a promis de présenter des mesures concrètes et fortes assorties d'un calendrier de mise en œuvre. Il reste que depuis le début des années quatre-vingt-dix, les mesures et les plans contre les violences scolaires se sont succédé sans jamais parvenir à enrayer le phénomène et cette initiative fait penser au mot de Clémenceau : « si vous voulez enterrer un problème, nommer une commission ». Car s'il s'agit de traiter de manière spécifique la question des violences scolaires, sachons qu'on a déjà dit tout ce qu'il y avait à dire depuis au moins 20 ans sinon plus. En réalité, tout a été dit, mais surtout tout reste à faire. Une expression revient souvent pour expliquer le phénomène de violence à l'école : il n'y a plus de respect. Qu'est-ce que le respect ? Selon la belle définition qu'en donne Hannah Arendt, c'est « une sorte d'amitié sans intimité, sans proximité, … une considération pour la personne à travers la distance que l'espace du monde met entre nous ». Elle ajoute, plus directement, que si la justice relie les hommes, le respect les retient pour « qu'ils ne tombent pas les uns sur les autres ». Plus trivialement « pour qu'ils ne se fichent pas sur la figure ». Ainsi, la notion de respect enferme une idée de limite, de frontière à ne pas dépasser. En « ayant du respect pour » telle personne ou telle chose, on introduit cette distance. Tout semble indiquer qu'aujourd'hui elle est largement franchie. On a suffisamment d'exemples. Mais symptomatique aussi est l'évolution du langage. Un auteur dont je n'ai plus le nom, indiquait que lorsque les élèves parlent du respect, ils utilisent l'expression : « avoir LE respect » et non plus « avoir DU respect » comme lorsqu'ils disent « avoir LA haine ». Ce passage de l'article défini « DU » à l'article partitif « LE » n'est pas simplement une faute de langue à corriger mais bien l'indice d'un changement social. Toujours selon le même auteur anonyme. Quel changement? « Avoir le respect » signifie que l'élève en question ne se pense plus comme une personne éprouvant un sentiment pour une autre personne mais comme détenteur provisoire d'une valeur en circulation, une valeur-objet extérieure à lui, qu'il peut destiner à tel ou tel, à son gré. Il a éventuellement LE respect pour x ou y un peu à la manière de la cible du publicitaire. Avoir LA haine participe de la même dépersonnalisation. En passant le portique de sécurité à l'aéroport, là où on enlève ses chaussures, sa ceinture, là où on est fouillé au corps, avant d'être fouillé dans le corps grâce au scanner, la dépersonnalisation et la distance sont au maximum, froides et abstraites. Au nom de la sécurité, la question du respect ne se pose plus ou se pose autrement : on est tenu en respect, sans égard ni considération, respectus en latin. Mais ça n'a sans doute rien à voir avec l'école ! Ainsi va le monde.
Didier Martz 8 et 9 avril 2010

