Dieu git dans les détails De quoi fut-il question le mercredi 24 septembre 2008 ? De la crise financière internationale, de la guerre en Afghanistan, en Irak ou Géorgie ? De la fonte de la banquise ? De l’élection du président des Etats Unis ? Rien de tout cela et c’est un grand quotidien régional d’information qui nous le dit. Que s’est-il passé le 24 septembre qui mérite de barrer la « Une » dudit journal ? Un nouveau 11 septembre ? Heureusement non. Le procès du siècle ? Presque ? En fait, il s’agit du procès intenté par une cliente contre un fast-food qu’elle accuse d'avoir laissé traîner une frite sur laquelle elle a glissé. Sérieusement blessée, elle mène un combat contre le restaurant pour obtenir réparation. « On croit rêver » ! Sans minimiser l’importance du sujet pour la victime et après avoir éprouvé la compassion qu’on lui doit en pareille circonstance, je me suis demandé ce qui pouvait conduire une rédaction à privilégier ce qui reste quand même une anecdote dans un monde particulièrement agité. Bien sûr, il y a le fameux goût des lecteurs. C’est un impératif. Le journaliste n’en pense pas moins, mais « vous comprenez, si les lecteurs en demandent… ». C’est à son esprit défendant en quelque sorte.

Ou bien les rédacteurs ont les mêmes besoins, les mêmes aspirations, le même goût du scoop que leurs lecteurs. Et ne font pas la différence entre un évènement et un fait divers. Non, bien sûr. l’intention du rédacteur est éducative. N’en doutons pas.

En effet, en lisant entre les lignes, il invite à une réflexion sur les principes physiques de la chute des corps et notamment lorsque le centre de gravité sort de ce qu’on appelle le polygone de sustentation. Le mécanisme de la perte d’équilibre. Pour une table dont les quatre pieds touchent le sol, le polygone est le rectangle formé par les quatre points de contact. Si trois pieds seulement touchent le sol, c'est le triangle formé par les trois points de contact. Et pour que l'objet soit en équilibre, il faut et il suffit que la verticale passant par le centre de gravité tombe sur la surface de pose à l'intérieur du polygone de sustentation. Nous sortons du polygone formé par nos pieds lorsque nous nous penchons trop en avant.On voit la difficulté lorsque le polygone a la taille d’une frite ! La chute est inévitable ! Chute d’autant plus lourde que la masse du corps (qui devient un poids par la force d’attraction) est importante. Comme les fast food produisent en général des corps obèses en grande quantité (c’est d’ailleurs de cela qu’on devrait les tenir responsables), on comprend pourquoi le risque de chute y est plus élevé qu’ailleurs ! Le micro déplacement effectué par le pied sur la frite peut ainsi avoir des conséquences explosives en bout de course. C’est le fameux frémissement de l’aile de papillon d’un côté de la terre qui produit l’ouragan de l’autre côté.

Mais surtout, le rédacteur conscient de la fragilité humaine, de notre vulnérabilité et il faut bien le dire de notre finitude les rappelle à notre bon souvenir sous la forme d’un divertissement pascalien.