Spéculer consiste à acheter ou vendre, généralement en bourse, une certaine quantité d'une marchandise, d'un actif financier, immobilier ou de collection : - dans l'espoir que son prix évoluera par la suite de façon à procurer un gain monétaire; - tout en acceptant le risque de perdre de l'argent si l'évolution est contraire aux espoirs. Ce deuxième point est en général rapidement oublié.

Ainsi l’achat d’actions repose principalement sur l’espérance d’un gain. Au moment de l’achat, il est rare d’entendre le conseiller de la banque ou le futur petit actionnaire se préoccuper de savoir quels seront les effets de ces mouvements de capitaux sur la vie économique, sur les entreprises et sur les personnes qui y travaillent.

Or, on n’achète pas des actions dans l’esprit de s’attacher à une entreprise, de la voir prospérer, de développer l’emploi. Non, on achète des actions pour profiter. Et par conséquent on se préoccupe peu de savoir qu’acheter des actions est aussi un acte responsable voire citoyen.

"Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires !" Tel est le slogan vantant une assurance-vie de la banque belge KBC qui investit dans plusieurs matières premières agricoles. Une véritable "opportunité" pour les épargnants belges car la "pénurie d'eau et de terres agricoles exploitables" a pour conséquence "une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires". Spéculation alors qu'à l'autre bout de la planète, des gens meurent de faim ou de soif.

Beau revers pour le mot « spéculation » ! A l’origine, la spéculation est une activité humaine consistant à imaginer, à anticiper les réactions et activités d'autrui, comme si nous étions à sa place, et à porter un regard sur notre propre activité, comme si nous étions un autre. C'est donc la mise en miroir (speculus). On parle alors d’attitude spéculaire, peu fréquente chez l’actionnaire qui est plutôt dans l’agiotage ou la manipulation du marché et par conséquent des autres.

La possibilité d'arriver à se mettre à la place d'autrui était vitale pour survivre et se reproduire dans les temps préhistoriques, et auraient survécu le mieux et laissé une descendance nombreuse ceux qui y parvenaient le plus correctement.

Mais nous ne sommes plus des primitifs !

Didier Martz