La tradition culturelle et religieuse nous invite à nous tourner vers le Levant, vers l’Orient pour y trouver quelques signes d’espoir et de salut. Ce qui explique le verbe orienter. Pour les hommes, depuis la nuit des temps, se tourner vers l’endroit où le soleil se lève marquait la fin de l’angoisse provoquée par les ténèbres et le début d’un jour nouveau. L’orient est ainsi et aussi le Sol Salutis, soleil du salut et le Sol lustitiae, soleil de justice. A contrario, l’Occident est le royaume des morts selon la légende antique, celui de l’Hades. Là où le soleil se couche, là où finit le jour. Le Moyen Age a d'ailleurs relié le mot Occident avec le verbe latin occidere qui signifie « tomber », tuer. De là sa proximité avec occire.

Aujourd’hui la lumière qui nous vient de l’Orient est celle provoquée par les bombes larguées sur les populations d’Afganisthan, d’Irak et maintenant et à nouveau sur la population palestinienne. Les éclairs sont d’autant plus visibles que la communauté internationale dont les forces sont principalement à l’Ouest jette un voile ténébreux sur tous ces conflits et le conflit israélo-palestinien en particulier. Ouest, Occident, occidere, tuer. Caïphe des Temps Modernes, les Occidentaux préfèrent sacrifier des victimes plutôt que de risquer un désordre. « Mieux vaut une injustice qu’un désordre » dit Goethe.

L’archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix, a jugé que les Palestiniens payaient ainsi le prix du sentiment de culpabilité pour l’Holocauste des Occidentaux qui renoncent pour cela à faire pression sur Israël en faveur d’une paix juste et durable. Maintenant, dit-il, quand vous vous sentez coupable (…), vous êtes prêts à faire pénitence et vous demandez à être punis. L’Occident fait pénitence et ce sont les Palestiniens qui sont punis", a ajouté le prélat. ...

C’est peut être la raison. Et il y en beaucoup, de bonnes et de mauvaises pour comprendre, ce conflit et cette guerre qui fait des centaines et des centaines de victimes innocentes. Je ne sais pas pour vous mais pour moi lorsque j’étais enfant, j’avais été fasciné par l’histoire de David et Goliath, l’histoire de ce jeune berger seulement armé d’une fronde qui, pas impressionné du tout, décida d’aller combattre ce Philistin Goliath armé jusqu’aux dents.

Il m’en est resté cette idée – peut être que mon psy y verra un traumatisme – que dans un combat où les adversaires sont de forces inégales, trop inégales, c’est nécessairement le plus faible qui a sinon raison, mais mérite en tous les cas d’être soutenu.. La force surtout lorsqu’elle est disproportionnée, à la manière d’un Goliath, ne peut pas être juste. « La raison du plus fort, quelle qu’elle soit, n’est pas la meilleure. Il y a chez les hommes faibles, il y a dans la faiblesse, nous dit Lao Tseu, une force d’humanité qu’on ne trouve pas chez les forts.

Mais, avec le philosophe Pascal, comme on ne peut « faire que ce qui est juste fût fort, on s’arrange pour que ce qui est fort soit juste ».

Didier Martz