123 - « Il n'y a pas d'alternative »
Par Admin, samedi 11 juin 2011 à 16:32 - Le monde comme il va - #339 - rss
Les mots que nous employons ne sont pas neutres, ils sont même parfois et assez souvent des armes redoutables. Un vrai champ de bataille que le langage. Pour se faire reconnaître, faire passer des idées. Pour s'en convaincre, dans le domaine politique et économique, il n'est pas complètement innocent d'appeler par exemple les cotisations sociales, des charges sociales ; le profit, de la création de richesse ; le salaire, le coût du travail ou encore le licenciement collectif, des plans sociaux voire, plus cyniquement, des plans de sauvegarde de l'emploi. Un chat ne s'appelle plus un chat.
La chronique hebdomadaire de Didier Martz sur RCF Reims Ardennes
Bienvenue à toutes et à tous
Les mots que nous employons ne sont pas neutres, ils sont même parfois et assez souvent des armes redoutables. Un vrai champ de bataille que le langage. Pour se faire reconnaître, faire passer des idées. Pour s'en convaincre, dans le domaine politique et économique, il n'est pas complètement innocent d'appeler par exemple les cotisations sociales, des charges sociales ; le profit, de la création de richesse ; le salaire, le coût du travail ou encore le licenciement collectif, des plans sociaux voire, plus cyniquement, des plans de sauvegarde de l'emploi. Un chat ne s'appelle plus un chat.
Plus subtile est la technique relevée par Thierry Guibert, chercheur en sciences sociales à l'université de Picardie. Pour se faire passer comme une évidence, le discours néolibéral utilise la technique dite de naturalisation qui consiste à faire passer pour naturelles des choses qui ne le sont pas. Par exemple, « tout le monde est d'accord pour dire que »... « les gens ne demandent qu'à » ou encore « chacun connaît la situation de notre pays... »
Mais « l'élément de langage », comme on dit dans les lieux qui n'ont rien de commun, le plus percutant, le plus sidérant, celui qui cloue le bec à toute indignation ou révolte est le fameux TINA de Margaret tatcher, l'acronyme du fameux « There is no alternative », repris à l'envie par toute la classe politique et économique notamment depuis Miterrand. Dans leur livre « Il n'y a pas d'alternative, trente ans de propagande économique », Gérard Mordillat et Bernard Rothé font un florilège de l'expression.
Mitterrand en 83 : il n'y a pas d'alternative au plan de rigueur ; Chirac, il n'y a pas d'alternative aux privatisations ; Georges Bush il n'y a pas d'alternative à la guerre du Golfe et en Irak ; Sarkozy, il n'y a pas d'alternative à l'allongement de l'âge de la retraite... On peut ajouter : il n'y a pas d'alternative au sauvetage des banques, à la réduction de la dette publique, à la confiance des investisseurs, au couple franco-allemand, à une gestion rigoureuse des dépenses , à l'engagement en Afghanistan.
« Il n'y a pas d'alternative » ce n'est plus seulement une expression – fautive d'ailleurs – c'est une école de pensée, c'est une machine à faire taire. C'est une expression qui justement ne laisse pas d'autre alternative – utilisation encore fautive. Rappelons que une alternative est un choix entre deux possibilités distinctes. Pour le dernier exemple, les deux membres de l'alternative seraient rester ou ne pas rester en Afghanistan. Plus juste serait de dire « nous n'avons pas le choix », ou « la seule option qui nous est offerte » est... mais non. Sans doute serait-ce trop frontal et risquerait de susciter la réflexion voire d'imaginer une autre option.
Le libéralisme, quelle que soit sa couleur politique, a besoin d'une Novlangue qui veut transformer la fiction en réalité, et dans un habile retournement faire passer les vessies pour des lanternes. A ce jeu on risque de se brûler et l'arroseur d'être arrosé. Ainsi, les espagnols de la Plaza del Sol « n'ont pas eu d'autre alternative » que de s'indigner et de se révolter. Ainsi va le monde - 9 et 10 juin 2011

