Le café de philosophie

Un complot contre le Père Noël ?

Compte-rendu du Café-Philo du 16 décembre 2017

à bar « Les 3 p’tits bouchons » - Reims

Le décor est vite planté dans le contexte de consommation effrénée de cet après-midi de décembre : loin de la tradition qui réunit la famille pour en célébrer l’existence chaleureuse, cette période de Noël nous fait vivre un épisode de l’excès de consommation identifié comme essence de la fête. Le profit du commerce est-il donc le seul véritable bénéficiaire de cette fête qui devrait être celle de la Nativité, de la famille et de la bienveillance ?

On s’interroge pour commencer sur la signification habituellement reconnue à Noël : c’est d’abord une fête religieuse et c’est en cela que la laïcisation forcée qui l’entoure à présent paraît choquante. L’exemple cité est celui des crèches devenues suspectes de faire entorse aux principes de la laïcité républicaine. Si complot contre Noël il y a, ce ne saurait être que l’effet d’autres religions qui espéreraient ainsi se faire une place grâce à notre indifférence à défendre nos « racines chrétiennes ». Le « grand remplacement » n’est pas loin, même si le mot n’a pas été lâché.

A ce « complot laïque » contre le père Noël succède et s’oppose un « complot libéral ». Certes, Noël, même investi par le commerce reste une fête célébrée par tous, qui réunit et qui « fabrique du commun ». Toutefois, cette réunion ne s’effectue pas forcément sur une communion de chacun avec tous. Si les religions se sont absentées de Noël, le libéralisme a vite occupé le terrain faisant de la fête un moment où la consommation institue une concurrence entre les familles sur le terrain de la consommation. Dans une société où le dogme dominant est celui de la performance, la consommation des biens durant la fête de Noël est un critère du bonheur.

On observa alors qu’il reste encore quelque chose de la tradition de Noël : les cadeaux qui s’échangent au pied du sapin sont l’occasion chaleureuse où la famille et les amis se retrouvent et célèbrent le bonheur d’être ensemble. On évoque également le « souci des autres » qui se manifeste dans les fêtes organisées à l’occasion de Noël – par exemple pour les enfants hospitalisés. - C’est ici que les tenants et les opposants du complot vont s’affronter : les cadeaux de Noël sont-ils contraints par une « tradition » instituée des commerçants qui ont l’œil rivé sur leur tiroir caisse, ou bien sont-ils un bonheur partagé quel qu’en soit le prix ?

Au terme des échanges apparaît au dernier moment un élément essentiel de la fête de Noël, c’est la magie de la Nuit de Noël qui surgit dans un monde désenchanté (1). Même si nous ne l’avouons pas, nous croyons tous au Père Noël.

On se sépare à 19 heures en se donnant rendez-vous le 27 janvier (date à confirmer) Compte-rendu J-P Hamel


(1) L'expression désenchantement du monde a été définie en 1917 par le sociologue Max Weber pour désigner le processus de recul des croyances religieuses et magiques au profit des explications scientifiques. Le concept est étroitement lié aux idées de sécularisation et de modernité. (Art. Wiki)

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